avis lecture rien ne nous survivra de maia mazaurette

Rien ne nous survivra, un livre coup de poing

Je ne fais rien de mal. Je tire c’est tout. J’actionne un petit mécanisme.

Maïa MAZAURETTE

Je vous le dis tout de go : avant ce mois-ci, je n’avais jamais lu « Rien ne nous survivra », le mythique livre de Maïa Mazaurette. Honte à moi ! C’est chose faite dorénavant, je peux cocher ce classique sur ma liste. Et comme cela fait un petit moment que je ne suis pas passée par ici, j’en profite pour vous livrer mon ressenti.

Avis lecture « Rien ne nous survivra » – SOMMAIRE

« Rien ne nous survivra », jeunes contre vieux

C’est l’histoire d’une révolte, d’un parti pris radical, d’une idéologie glaçante. C’est l’histoire d’une mutinerie. Les jeunes se donnent un seul objectif : tuer les vieux. Et entendez par « vieux », ceux qui ont dépassé l’âge de 25 ans. Ceux-là méritent d’être exécutés pour le bien de l’humanité. Pour la dignité de ceux qui restent, parce que leur corps périmé est une insulte à la vie, la vraie. La vieillesse, c’est l’antichambre de la mort, eux veulent partir dans la fleur de l’âge.
 « Vous jouez le jeu de l’acceptation, mais vous voudriez vomir devant ce que le temps a fait de vous […] et nous avons tellement peur, peur de vous, de la promesse inscrite dans votre peau».

Les insurgés accusent leurs ainés de leur imposer un carcan, de voler les plus belles heures de leur jeunesse tout en fermant les yeux sur les horreurs quotidiennes.
« Qui mettra fin à la délinquance semi-légale et socialement dommageable des vieux ? Qui fait le plus de mal : celui qui vole un téléphone portable à 100 euros, ou celui qui licencie à 1000 euros par mois ?».

Leur naissance, ils ne l’ont pas choisie. Voilà encore une chose violente imposée par leurs parents qu’ils refusent de reproduire. Procréer c’est répéter cette mascarade. Les jeunes filles qui tombent enceintes sont donc exécutées. Mais ce n’est qu’un petit prix à payer pour leurs revendications : la liberté sexuelle admise à 13 ans, la musique interdite, les livres brulés car reliquats d’une ancienne culture modelée par les vieux. C’est l’acculturation : on rejette en bloc le passé, on éradique l’héritage. Les jeunes abandonnent le prénom donné par leurs géniteurs pour ne plus être leur objet. À présent, ils se définissent eux-mêmes. L’individualité et l’exception priment avant tout. Ils refusent de se fondre dans une masse, un groupe ou même une famille. Les liens de sang ne valent rien.

Une guerre irréversible pleine de résonances

Du côté des rebelles, on découvre les dessous de la révolte. Les instigateurs, les moyens utilisés, les rapports de forces entre propagande et idéalisme et la survie coûte que coûte. On observe l’anéantissement des faibles au sein des rangs et la nécessité de faire des choix pour gagner la guerre, parce que les vieux aussi sont faibles et qu’il est hors de question de leur ressembler.

On prend en pleine face une idéologie flippante, parfois aberrante, mais qui détient quelques traces de vérité. Centralisée à Paris, elle fait des émules et accueille même des « réfugiés » d’autres pays. Ses partisans sont prêts à tout, portés par la fougue que la jeunesse offre. Ce qu’ils veulent, c’est marquer les esprits et changer la face du monde.
« Et si vous remportiez la victoire ? Nous serions tous morts, et un pays sans enfant est un pays mort. Dans tous les cas, vous perdez. »

La haine est viscérale et implacable. Il faut tuer ses propres parents puis tuer le plus de vieux possible. S’affranchir de sa prison sans que personne ne trouve grâce.  
« Il faut toujours tuer les bons en premier. Que les choses soient claires pour les esprits sensibles aux charmes de la nuance ».
« Les vieux innocents n’existent pas. Ils ont tous au moins tué un jeune : celui qui vivait en eux. »

Selon moi, l’histoire fonctionne. Le décor est très bien planté, les descriptions sont précises et percutantes. La vague de violence n’épargne personne. Cette nouvelle armée en marche n’écarte pas les filles des combats. Chaque sexe se vaut surtout quand il s’agit de servir une cause juste. L’auteure ne perd pas de vue la réalité : les femmes autant que les hommes peuvent se transformer en monstre quand le joug saute.

La réalité est cependant en train de rattraper les belles idées enflammées du début. Les guerres intestines de pouvoir émergent après deux ans de conflit enfouis sous la faim et la crasse.

Deux ans, cela peut paraitre long pour mater une révolte d’enfants quand on imagine les vieux plus nombreux et plus expérimentés. Sauf qu’on parle ici de guerre envers la chair de sa chair. On devine aisément que l’autre génération a vainement espéré que les jeunes allaient se lasser, qu’ils ne pouvaient se résoudre à exterminer la jeunesse même si cette dernière était armée jusqu’aux dents.  

Le personnage de Silence, le tour de force de Maïa Mazaurette

Silence est jeune. Silence est le cœur de la révolte. Et Silence est androgyne. À tel point que personne ne sait s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, lecteur compris.

Dès les premières lignes, lorsque j’ai lu le point de vue de Silence, sniper émérite, j’ai imaginé direct un homme. Victime malgré moi de mes habitudes sociétales, comme je n’ai pas vu de marque spécifique de féminin, j’en ai déduit inconsciemment qu’il s’agissait d’un tireur mâle.

Et puis au fil du récit on se rend compte que cela pourrait tout aussi bien être une femme. L’histoire ne nous le dira pas d’ailleurs car ce n’est pas le propos. En cela, l’auteure est très forte. Je me suis surprise à relire quelques phrases, à retourner en arrière pour détecter des indices… En vain. J’aime beaucoup quand la plume est habile à ce point pour manier les mots et l’imaginaire du lecteur.

Face à Silence, il y a Immortel, l’outsider. Sniper lui aussi et fasciné par l’icône de la résistance. Entre haine et amour, son cœur balance, au point de lui faire oublier le sens de la révolte : ce sera désormais une histoire entre lui et Silence.   

Je me suis retrouvée embarquée dans une lecture ambivalente alternant empathie et dégoût pour ces captivants personnages. Fascinée malgré moi, un peu comme Immortel avec Silence.  

Une fin qui laisse sur sa faim

Malgré tous ces points positifs, le roman de Maïa Mazaurette n’est pas rentré dans mon top 5.

Pourquoi donc me direz-vous ? Parce qu’à un moment donné, cela prend une tournure bien particulière entre Immortel et Silence. Que cela vire à la dark romance, j’aurais compris. C’était logique vu la situation. La haine et l’amour vont ensemble dans un tel climat d’émotions violentes. (ATTENTION MINI SPOIL IMMINENT). En revanche, le côté « surnaturel » dans la relation des deux protagonistes est inutile selon moi. Le texte se suffisait à lui-même jusque-là et le récit aurait pu passer pour crédible.

Finalement, on se perd un peu. Ça traine en longueur, on se détache des personnages. En tous cas, pour ma part. Je n’ai pas eu le regret de les quitter à la dernière page contrairement à d’autres livres qui prennent aux tripes. Je dois avouer que j’ai été déçue par la fin, elle n’est pas digne du génie qui a imaginé le concept de départ. Ou alors la touche de génie est trop subtile pour moi…

Cela reste toutefois un livre coup de poing qui vaut le détour.

Dans un genre plus soft (mais plus percutant car tiré d’un fait réel), il y a aussi le magnifique livre de Todd Strasser : « La Vague ». Court et plein de justesse, il mériterait d’être étudié dans tous les lycées.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.