avis lecture du conte de Flore Vesco "D'or et d'oreillers"

La princesse au petit pois… ou pas

Tu n’as pas idée de ce qu’une mère est prête à faire pour son enfant.

Flore VESCO

Le temps me file entre les doigts, le sommeil aussi, mais j’étais obligée de m’arrêter un instant ici pour vous parler de mon dernier coup de cœur littéraire. La découverte d’une plume française pleine de talent : « D’or et d’oreillers » de Flore Vesco. Un conte jeunesse (et adulte) qui revisite avec brio le récit de la princesse au petit pois.

Conte « D’or et d’oreillers » – SOMMAIRE

Une couverture enchanteresse

Tout d’abord, quelques mots sur la couverture de ce livre atypique. On ne juge pas un livre uniquement à sa couverture mais il est clair qu’elle a une grande importance (je sais, je me répète). La couverture est ce que l’on voit en premier et si la première impression n’est pas bonne… Lorsque celle-ci me déplait, j’ai tendance à ne pas prendre le livre sauf si le résumé et la première page s’avèrent vraiment intéressants. Si je trouve le montage affreux, je me dis que l’intérieur doit être de la même trempe.
Certes, c’est un jugement totalement subjectif. Toutefois, un auteur ou une maison d’édition qui ne paie pas un graphiste professionnel faute de moyens fera peut-être aussi l’impasse sur un correcteur professionnel et ça, ce n’est pas très excusable. Le lecteur submergé par l’offre mérite un minimum de respect. Un cuisinier qui a le talent mais ni le piano, ni les ustensiles, ne va pas monter un restaurant, n’est-ce pas ?

Bref. J’aime être captivée, intriguée ou subjuguée par une belle couverture. Le livre est un objet presque sacré pour moi et « D’or et d’oreillers » m’a tout de suite plu sur le rayonnage de la bibliothèque municipale. Ses quelques couleurs dominantes tout en harmonie, son titre en lettres d’or, son dessin évoquant l’univers onirique des contes… Et pourtant, d’habitude je préfère les belles photos aux dessins. Puis, il y a eu le 4ème de couverture avec son résumé (une revisite de conte) et le cadre doré et ouvragé qui l’encadre. Estampillé « coup de cœur » par la bibliothèque, il ne m’en a pas fallu plus pour l’emprunter par curiosité, bien qu’il soit classé en rayon jeunesse, alors que je furète plutôt du côté des adultes en temps normal.

Je m’attendais à une réécriture de conte sympathique, un truc gentillet et tout mignon… Eh bien, j’ai pris une claque ! Je suis tombée sur un récit que certains taxeraient de féminisme, le genre qui, il faut avouer, me plait tout particulièrement.

Au commencement du conte : la tradition

Tous les éléments du conte traditionnel sont réunis : les fameuses trois sœurs à marier, la servante de ces demoiselles, et un charmant et mystérieux lord nommé Adrian Handerson. Ce dernier a imaginé un test bien particulier pour se choisir une épouse : toute jeune prétendante doit passer une nuit entière dans son grand manoir, dans un lit composé d’une pile de matelas. Au réveil, il lui pose alors une seule question « Avez-vous bien dormi ? ». Les fiançailles dépendent de la réponse. Quelle est celle tant attendue ? Quelle est la véritable épreuve ? Est-ce la seule ou y en a-t-il d’autres à venir ?

L’histoire nous est présentée à la manière habituelle des contes : la façon de s’adresser au narrateur, le vocabulaire imagé pour conter les scènes, l’ambiance onirique des contes pour enfants… C’est fluide et prenant, ça se lit très vite. J’ai adoré toutes les références aux célèbres contes et berceuses de notre culture : Barbe Bleue, Narnia, Cendrillon, Midas, Colas mon p’tit frère, Alice au pays des merveilles… Tout est propice à placer une phrase qui fait résonance aux histoires ayant bercé notre enfance, tout comme il y a des clins d’œil aux écrivains tels que Jane Austen, Andersen ou encore Colette. Et on se rend bien vite compte que Flore Vesco a cette faculté de jouer avec la langue et notre imaginaire.

Le véritable conte : le pouvoir des mots et du corps

L’auteure a des tournures de phrases bien à elle, une originalité que l’on retrouve par exemple dans les descriptions du prince ou des jeunes filles. Cela débute par une énumération de toutes les qualités physiques requises et se termine par « etc », comme pour dire « c’est bon, maintenant qu’on a évacué les codes du conte, passons aux choses sérieuses ». On comprend alors que ce récit n’est en rien ordinaire.

Dès le début, les trois sœurs nous apparaissent antipathiques (même si la plus jeune retient un peu plus notre affection). On devine rapidement que leur serviable femme de chambre Sadima, pas sotte pour un sou, aura une place importante dans l’histoire. Et quelle histoire ! Flore Vesco nous sert une héroïne intelligente et débrouillarde, sensuelle et parfois effrontée pour sa condition. Une condition de servante mais aussi de femme dans un monde où le pouvoir est détenu par les hommes et encadré par les différences sociales. Sadima va saisir sa chance pour passer elle aussi le test du lit aux matelas.

L’univers de ce conte est très visuel. L’écriture fait beaucoup appel aux sens et instaure une ambiance presque érotique. Le toucher et le goût sont sur le devant de la scène. C’est très anatomique. Cette façon d’écrire est difficile à décrire, il faut vraiment lire le roman pour en saisir toute l’ambiance. On y susurre des paroles pleines de sens, on joue avec les mots comme avec la magie. Les joutes verbales entre les deux protagonistes, le jeu de la découverte du corps de l’autre, le maniement des palindromes (comprenez qui se lit dans les deux sens) comme « drôle de lord », « la mariée ira mal »… Incantations, sorts, formules magiques, trouvent leur source dans la puissance des mots et la magie du sang. On y parle sciences occultes et arts divinatoires dans les entrailles. La magie est comme une musique intérieure, faisant partie intégrante du corps, rythmée par les battements du cœur et la course du sang. La maitrise des mots est étroitement liée à la maitrise du corps humain.

D’autre part, ce conte met habilement en lumière le pouvoir que peut détenir une femme. Celui de la magie, souvent diabolisé car trop puissant, mais aussi celui qu’elle a sur son propre corps pour se faire plaisir. (C’est le premier conte que je lis qui montre une jeune fille innocente découvrant le plaisir solitaire). Sans compter l’amour filial qui rythme tout le long du récit, ce qu’une mère est prête à faire pour ses enfants.

Un final parfait

Lorsque l’on a l’habitude de lire beaucoup, on pressent souvent les choses au fil des romans. On a plaisir à découvrir certaines ficelles et il faut dire que pour « D’or et d’oreillers » je n’avais pas tout deviné. Le dénouement est vraiment bien amené et original, j’ai été étonnée. Et bien entendu, comme dans la majorité des contes, l’amour est là. Touchant. À la fois libéré et pudique. Ce fut réellement une belle découverte et j’ai même enrichi mon vocabulaire en apprenant ce qu’était un boulingrin ! Sans compter que le souci du détail se retrouve jusque dans les remerciements de l’auteure (j’adore lire les remerciements à la fin des bouquins).

Pour conclure, je vous laisse 3 extraits qui vous donnent un aperçu des thèmes abordés dans ce magnifique conte :

« On sortait généralement les filles dans l’ordre de leur naissance. C’était la procédure la plus efficace. Car si les parents avaient d’un coup étalé toutes leurs cartes, et fait parader l’ensemble de leur progéniture, alors les prétendants n’auraient eu d’yeux que pour la plus fraîche : à ce rythme, l’aînée n’aurait jamais trouvé preneur. »

« Un homme dans mon lit ! Mon Dieu que de poils… Et de grognements ! Est-ce que j’ai épousé un ours ?»

 « Quand comprendrez-vous qu’il ne faut pas croire ce que disent les contes ? Le bonheur, sachez-le, repose plutôt sur la qualité des enfants que sur leur quantité. »

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